Pourquoi l'or blanc doit-il être rhodié ?
Votre bague en or blanc tire vers le jaune, surtout au dos de l'anneau, là où elle frotte. Vous vous demandez si elle est abîmée, si on vous a vendu autre chose que ce qui était annoncé, si c'est réparable.
Elle n'est pas abîmée. Rien ne vous a été mal vendu. Ce qui se passe était prévu dès le premier jour, et cela se corrige.
L'or blanc n'est pas blanc
C'est le point de départ, et il surprend presque tout le monde.
L'or est jaune. Il l'est toujours. Pour obtenir de l'or blanc, on l'allie à des métaux pâles — palladium, argent, parfois d'autres — qui atténuent la couleur sans l'effacer. Un or blanc 18 carats reste de l'or à 750 millièmes : les trois quarts du métal sont jaunes. Ce qu'on obtient après alliage est un blanc légèrement grisé, un peu chaud, qui ne ressemble pas du tout au blanc éclatant des bagues en vitrine.
Ce blanc éclatant vient d'ailleurs. Il vient d'une couche de rhodium déposée en surface : un métal de la famille du platine, très blanc, très dur, appliqué en une épaisseur de quelques microns. C'est le rhodiage.
Autrement dit : le blanc que vous aimez sur une bague en or blanc est une finition, pas la couleur du métal en dessous.
Pourquoi il s'use
Quelques microns, c'est très peu. C'est plus fin qu'un cheveu.
Cette couche ne s'écaille pas et ne se décolle pas : elle s'amincit, par frottement, jusqu'à laisser transparaître l'or en dessous. C'est pour cela que le jaunissement n'apparaît jamais partout en même temps. Il commence là où la bague frotte le plus :
le dos de l'anneau, contre le doigt voisin et contre les objets ;
les arêtes et tout ce qui dépasse ;
le dessous des griffes, sur les bagues serties griffes.
Le dessus de la bague, lui, reste souvent blanc bien plus longtemps. Une bague qui jaunit par en dessous et reste claire par-dessus n'a aucun problème : elle est simplement portée.
À quelle fréquence faut-il le refaire
Je ne donne pas de chiffre unique, parce qu'il serait faux pour la moitié des gens.
L'intervalle dépend presque entièrement de la façon dont vous portez la bague. Ce qui l'accélère :
Le port permanent, nuit comprise, plutôt que le soir seulement.
Le travail des mains : jardinage, cuisine, sport, escalade, travail manuel, clavier pour certaines formes de bagues.
Le doigt. Une alliance à l'annulaire portée contre une bague de fiançailles s'use aux deux endroits où elles se touchent.
Les produits ménagers, le chlore des piscines, les désinfectants pour les mains utilisés plusieurs fois par jour.
La forme. Un anneau fin et arrondi s'use plus vite qu'un anneau large et plat, parce que la même usure se concentre sur moins de surface.
En pratique, certaines bagues demandent une reprise au bout d'un an ; d'autres tiennent plusieurs années sans que personne ne remarque quoi que ce soit. La vraie réponse est : quand cela commence à vous gêner. Ce n'est pas une échéance, c'est une préférence.
Ce que l'on fait exactement
L'opération est simple et bien rodée.
La bague est nettoyée, puis polie pour retirer les micro-rayures et ce qui reste de l'ancienne couche. Elle est ensuite plongée dans un bain où le rhodium est déposé par électrolyse. Elle ressort blanche, brillante, comme au premier jour.
Deux choses méritent d'être sues avant :
Le polissage retire une petite quantité de métal. Très peu, mais pas rien. Une bague rhodiée dix ou quinze fois dans une vie s'amincit légèrement. Pour une alliance fine portée en permanence, cela finit par compter — c'est un argument à peser au moment de choisir l'épaisseur, plus qu'un motif d'inquiétude après coup.
Les pierres imposent des précautions. Les diamants ne craignent rien. Les émeraudes, les opales, les pierres traitées ou fragiles, et tout ce qui est collé plutôt que serti, demandent d'être examinés avant. Dans certains cas, on rhodie en protégeant la pierre ; dans d'autres, on ne rhodie pas.
Peut-on l'éviter ?
Oui, de trois façons.
En choisissant le platine. Il est blanc dans la masse, sans couche ni traitement. Il se raye et prend une patine mate au fil des années, mais il ne jaunit pas, parce qu'il n'a rien en surface qui puisse s'user. C'est le vrai argument du platine, et je le détaille dans Or blanc ou platine ?.
En assumant l'or blanc non rhodié. Il existe des bagues en or blanc laissées telles quelles : un blanc chaud, légèrement grisé, qui ne change pas parce qu'il n'y a rien à perdre. Peu de gens le demandent, et pourtant cela vieillit très bien. C'est une vraie option, à condition de l'avoir vue avant de commander — la couleur n'est pas celle des photos de catalogue.
En changeant de couleur. Beaucoup de personnes qui arrivent avec une bague en or blanc jaunie découvrent en la voyant qu'elles aiment ce qui apparaît en dessous. L'or jaune et l'or rose ne demandent aucun entretien de couleur, jamais.
Si votre bague a jauni
Elle peut être reprise. C'est le cas de la quasi-totalité des bagues en or blanc, y compris celles qui ne viennent pas de chez moi et celles qui ont été héritées.
Ce que je regarde en premier n'est pas la couleur mais le serti : une bague qui a assez servi pour perdre son rhodiage a souvent aussi des griffes qui se sont usées. Autant vérifier les deux en même temps — refaire briller une bague dont une griffe cède six mois plus tard n'a aucun intérêt.
Apportez-la, ou écrivez-moi avec une photo prise à la lumière du jour. Je vous dirai ce qu'elle demande et ce que cela représente, avant que vous ne décidiez quoi que ce soit.
La boutique-atelier est Rue Ancienne 3, à Carouge.


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